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Le privé est politique

vendredi 22 janvier 2016, par clas

Définitions :
Intime :

Quelque chose qui fait partie de la vie d’une personne et qu’elle ne souhaite pas partager et/ou rendre public, si ce n’est, éventuellement, avec un nombre très restreint de personnes. L’intime peut concerner les relations interindividuelles mais pas obligatoirement. Dans une société où les pouvoirs institutionnels (relayés par les rapports de domination interpersonnels) tendent à investir tous les espaces de vie, la préservation des intimités est une forme de résistance.

Privé :

Ce qui est censé échapper aux regards et aux règles qui régissent la vie publique, parce que réservé/appartenant à une personne, ou à un groupe de personnes regroupées au sein d’un « ménage », d’une famille ou d’une « personne morale » (ex : associations loi 1901). La notion de vie privée est, dans notre société, intimement liée à celle de propriété privée. Contrairement à l’intimité, la « vie privée » est instituée par le système patriarcal et capitaliste et encadrée par des lois (code civil).

Public :

Ce qui concerne l’ensemble des individus au sein d’un groupe, ce qui leur est commun.

Politique :

Organisation de la vie publique. Ensemble des codes et des règles qui régissent les rapports entre les individus en leur assignant une place et un rôle au sein de la collectivité. La politique désigne aussi les tensions et les rapports de force entre les pouvoirs et les sphères de résistances.

Tout acte humain a un sens politique quel que soit le contexte (public ou privé). Car il engage la responsabilité de la personne vis à vis d’elle-même et des autres. Il découle des choix éthiques et stratégiques, conscients ou inconscients, de cette personne et traduit donc sa relation au monde, la manière dont elle définit/différencie ce qui est « bon » et/de ce qui est « mauvais ».

La séparation entre le privé et le politique est arbitraire. Elle est le fruit d’une construction sociale et un instrument d’oppression.

La vie privé des femmes est sans cesse étalée sur la place publique (prise en compte de la situation maritale et familiale comme critères de non embauche par les patron-ne-s, politiques familiales natalistes et débats à propos de l’adéquation entre « vie professionnelle » et « vie familiale » qui semble ne concerner que les mères, utilisation récurrente par les administrations, les instituts de sondages et les médias des termes « mademoiselle », « nom de jeune fille » - voire « nom de femme » - et « ménagère »).

Même s’il y a de moins en moins de « femmes au foyer », les tâches ménagères restent très inégalement réparties. Les femmes sont habituellement renvoyées, au moins symboliquement, à la sphère privée-familiale. Elles sont donc désindividualisées (notamment via la propagande diffusée par la presse « féminine » : recettes de cuisine, déco d’intérieur, potins et tests psy, « beauté », et publicités à profusion). En revanche les hommes sont, la plupart du temps, renvoyés à la sphère publique à titre individuel (carrière professionnelle).

Les normes et schémas de domination conditionnent, notamment via l’éducation, les rapports de pouvoir dans le domaine intime (ex : les constructions d’identités de genre et les rapports de subordination /domination qu’elles induisent). C’est pourquoi il est nécessaire d’agir à ces deux niveaux si on souhaite réellement combattre le patriarcat. Le peu d’effets que les réformes du code civil ont eu sur la réalité quotidienne depuis l’abolition (dans la loi) du « chef de famille » démontrent que, sans un effort de déconditionnement profond des mentalités, l’action dans le domaine public n’a que peu d’efficacité. Et si elle en a, c’est bien parce qu’indirectement elle contribue en partie à l’enclenchement d’un processus de déconditionnement. Preuve qu’il n’y a pas de véritable frontière entre les deux notions. La croyance en une frontière étanche entre les sphères privées et la sphère politique sert de refuge aux militant-e-s « progressistes » qui préfèrent maintenir une hiérarchie entre les luttes, la lutte contre le patriarcat étant reléguée à une place subalterne : « ça c’est la vie privée, ça nous regarde pas... », comme si analyser, critiquer et dénoncer la domination genrée au sein des espaces privés revenait à vouloir exercer une coercition à l’égard de ces espaces privés. C’est confondre la pratique de la subversion avec un mode d’intervention autoritaire.

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