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La prostitution

vendredi 22 janvier 2016, par clas

La prostitution est un des piliers fondamentaux du puritanisme et du patriarcat.

Même si les prostitué-e-s ne se reconnaissent pas tou-te-s dans la catégorie "femme", elle-il-s s’identifient rarement comme appartenant à une catégorie de genre "masculin". Ce qui n’est pas le cas des client-e-s. La prostitution entérine en effet l’idée selon laquelle seules les personnes de genre masculin éprouvent un réel intérêt pour les activités sexuelles, et entretient le mythe d’une vénalité "naturelle" qui serait propre aux personnes assignées au genre féminin.

Dans la prostitution le patriarcat, le puritanisme et le capitalisme interagissent pour se renforcer les uns les autres. Le patriarcat construit, pour se pérenniser, des carcans identitaires auxquels les femmes doivent se conformer. Ils se divisent en deux grandes catégories. D’une part la femme « purifiée » qui appartient à un seul homme, lavée de son « impureté originelle » en accédant au rôle sacralisé de la mère qui « enfante dans la douleur » et se voit amputée de sa sexualité. D’autre part, celle qui est « impure », appartient à tous les hommes et sert de réceptacle aux pulsions sexuelles des dominants afin de préserver la « vertu » de l’autre femme. Objets sacralisés ou méprisés, on les oppose alors qu’elles sont les deux facettes de la même femme, aliénable ou aliénée, jamais propriétaire d’elle même. Il existe de multiples formes de relations prostitutionnelles qui ne sont pas reconnues comme telles (ex : dépendance économique et "devoir conjugal" des "femmes au foyer"). La prostitution participe à leur maintient au travers des représentations qu’elle véhicule par sa simple existence.

Dès le Moyen Âge l’Église est favorable à la prostitution. « Supprimez les prostituées, vous troublerez la société par le libertinage » disait Saint Augustin. En réalité, l’idéologie puritaine rejette davantage la liberté sexuelle que la prostitution car cette dernière lui sert d’exutoire. Elle a tout intérêt à entretenir la confusion entre les deux pour occulter l’existence potentielle ou vécue d’une jouissance inaliénable. Les « travailleu-se-r-s du sexe » légitimistes déclarent ne pas vendre leur corps mais un « service sexuel ». Ce « service » se traduit quoiqu’il en soit par une mise à disposition du corps. Une sorte de location, comme si le corps d’une personne était un objet extérieur à elle-même. Et c’est à ce rapport détaché à leur propre corps que les prostitué-e-s sont contraint-e-s de se soumettre pour satisfaire les exigences de leurs client-e-s. Ce rapport d’extériorité au corps est banalisé car profondément intégré dans les mentalités. Il est le fruit du conditionnement mental puritain qui consiste à séparer ce qui est supposé être « le corps » de ce qui est supposé être « l’esprit » en les plaçant dans un rapport hiérarchique. Puisque le corps est jugé « inférieur », il peut alors servir d’ustensile, d’outil de travail.

D’autre part, au travers de la pornographie commerciale dite « professionnelle », de la publicité sexiste et des différentes formes de prostitutions, le capitalisme a intérêt à faire passer la consommation de sexe pour la liberté sexuelle, et faire de la sexualité un produit qui se vend plutôt qu’un plaisir qui se partage. Le mot « travail » signifie « instrument de torture ». En fait, il s’agit d’une activité qui se voit transformée en contrainte, en obligation de fournir des efforts, par le capitalisme via le salariat et les rapports marchands. Pour que le travail soit aboli, il faudrait que les activités socialement utiles soient distribuées et exercées dans une dynamique de partage et de gratuité et dans le respect des besoins et des désirs de chacun-e. Non dans un maintien des rapports marchands qui, eux, sont basés sur une logique d’échange.

La prostitution, c’est l’aliénation de la sexualité par le capitalisme !

La loi Sarkozy contre le « racolage passif » criminalise les personnes prostituées. L’écrasante majorité d’entre elles n’ont pas choisi de se prostituer parce qu’elles en éprouvaient le désir, mais pour survivre en espérant que cette situation sera temporaire.On entend souvent « Si elles déclarent que c’est un choix, où est le problème ? ».D’une part elle-il-s sont minoritaires à déclarer que « c’est un choix » et s’expriment pourtant au nom de tou-te-s, d’autre part, qu’entendons nous par « c’est un choix » ?

Tout acte humain est le résultat d’un choix, mais ce choix est la plupart du temps un choix par dépit, un consentement sans désir. C’est ici que se situe la limite de l’intérêt du terme « consentement Il y a une énorme différence entre la majorité des prostituée- s et les « travailleu-se-r-s du sexe ». Ces dernier-e-s, font de la propagande par l’acte et l’apologie de la prostitution. C’est là un choix idéologique et politique libéraliste et non libertaire, contre la liberté sexuelle. L’état français se prétend abolitionniste alors que sa politique est un mélange de réglementation (prélèvement d’impôts sur les revenus de la prostitution qui condamne les personnes à une rentabilité accrue) et de prohibition (lois contre « le racolage passif »). Si aucun pays n’applique véritablement une politique abolitionniste c’est justement parce que l’abolitionnisme ne peut, en fait, se concevoir que dans une démarche libertaire révolutionnaire. Alors que le prohibitionnisme, comme le réglementarisme découlent logiquement de tout système étatique et/ou capitaliste.

Donner un statut professionnel aux "travailleu-se-r-s du sexe" c’est reconnaître une utilité sociale à la prostitution, c’est adhérer à la morale puritaine, à la marchandisation et au patriarcat. Quelques dizaines de "travailleu-se-r-s du sexe" regroupé-e-s dans ces associations réglementaristes et légitimistes revendiquent ce statut. Médiatiquement et politiquement ces revendications occultent une réalité du phénomène prostitutionnel qui intéresse la grande majorité des victimes de l’exploitation sexuelle. Croire que la réglementarisation étoufferait l’exploitation sexuelle, c’est faire fi des profits financiers qu’elle génère à travers la traite de centaines de milliers de personnes dont certaines sont des enfants et de son aspect international. Lorsque le capitalisme, le puritanisme et le patriarcat auront été abolis, la prostitution sous toutes ses formes aura disparu. ».

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