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L’éducation

vendredi 22 janvier 2016, par clas

Définition du dictionnaire Robert : Mise en oeuvre des moyens propres à assurer la formation et le développement d’un être vivant.

A travers l’éducation, ce sont des normes sociales et des valeurs qui sont transmises ainsi que des modèles d’identification. Ainsi, masculinité et féminité résultent de mécanismes forts de constructions et de reproductions sociales. L’éducation se manifeste partout et tout le temps, aussi bien dans la sphère privée que publique.

Sphère Privée :

Avant même la naissance, de la part du ou des parents, ou des personnes l’environnant, se mettent en oeuvre des processus d’attente et s’établissent des projections sur l’enfant. Bien souvent, il semble primordial de connaître son sexe pour pouvoir s’adresser à elle/lui de la manière la plus « appropriée » ou « adaptée », pour savoir à qui on va avoir à faire et donc mieux préparer son arrivée (couleurs et formes des vêtements, des éléments de décorations...). Tout concourt donc à ce que de cette « prééducation » découlent chez l’enfant les attitudes et comportements conditionnés en fonction de l’appartenance à l’un ou l’autre sexe. Et qu’arriverait-il donc à l’enfant si l’on ne s’en tenait pas à cela ? Ces projections et ces attentes se concrétisent à l’arrivée de l’enfant ; les comportements sont différents avec un bébé fille/garçon. Par exemple, l’allaitement maternel est moins long, et l’apprentissage de la propreté plus exigeant pour les bébés de sexe féminin. Les traits de caractère préjugés en fonction du sexe (calme et passivité chez les filles, action et force pour les garçons) sont créés par les attentions et comportements différenciés des parents et de l’entourage social de l’enfant.

Les relations entre les parents sont essentielles dans la construction psychologique de l’enfant et dans son rapport à soi et à l’autre. C’est l’effet Pygmalion. En outre, selon leur rôle dans l’éducation de l’enfant, et dans le fonctionnement de la maison (tâches ménagères, bricolage...) ils donnent une image de l’homme et/ou de la femme.

Sphère Publique  :

L’école a une influence très importante dans l’éducation d’un enfant. Elle est souvent synonyme de contrainte, enseigner devient donc commander. En tant que lieu social, elle est un catalyseur de construction identitaire ; les relations avec les autres élèves et avec les enseignant-e-s contribuent largement à l’intégration des normes sexuées.

Dès l’école maternelle (commençons déjà par nous interroger sur cette dénomination), affichages et étiquetages permettant aux enfants de se repérer sont nombreux et leur permettent bien souvent de se retrouver dans des cases genrées (dessins d’un garçon avec une voiture pour le coin voiture et d’une fille armée d’une poupée pour le coin poupée). Et que dire de la terrible heure des mamans qui renforce encore ce matraquage.

Les outils de travail -manuels, littérature, programme...- ne sont pas non plus impartiaux. Les contenus valorisés sont plus proches du « monde des garçons » et ce sont des modèles et héros masculins qui apparaissent le plus souvent dès le début de l’apprentissage de la lecture, donnant à voir un univers ou les femmes sont les grandes absentes. Les manuels d’histoire, qui ont été faits par des hommes, et pour des hommes, perpétuent l’invisibilité féminine sans donner d’explication sur les raisons de ce vide. Par exemple ils s’obstinent à qualifier d’universel le suffrage masculin et oublient le plus souvent les grandes figures de femmes.

De même un professeur passera plus de temps avec les garçons qu’avec les filles, ne jugera pas de la même façon un travail équivalent,
selon matière et sexe social....

Les disciplines valorisées (sciences, mathématiques, économie) sont présentées comme réservées aux hommes, les filles elles-mêmes sont persuadées qu’elles ne peuvent rien y comprendre. De tous ses pores l’institution scolaire transpire la domination : cette domination ici capitaliste, là sexuée, toujours autoritaire, est masculine. Elle joue un rôle majeur dans la reproduction et la légitimation des inégalités.

Les préjugés sexistes sont très largement relayés par les jouets (aspirateur et poupée contre voiture et atelier de bricolage) ; par la littérature enfantine, par les médias : publicité, dessin animés, films etc. Les prosélytismes religieux plus actifs et présents que jamais, sortant radicalement de la sphère privée, imposent leurs modèles patriarcaux, sans passer par -et parfois même contre- l’éducation parentale. Les amis des parents, les gens rencontrés dans la rue, à la sortie de l’école, les parents des copains copines, les adultes rencontrés et/ou observés sont autant de modèles qui participent à la construction de l’enfant. La plupart de ces modèles étant sexistes, l’enfant s’y conformera.

La relation de pouvoir entre adulte et enfant (l’adulte commande) a pour conséquence la déresponsabilisation de l’individu. Plutôt que d’apprendre à se gouverner soi même pour vivre en société il apprend à se conformer à des modèles et des clichés. Il apprend que les rapports humains de pouvoirs et de domination (notamment sexiste) sont les seuls possibles. Il s’y résigne et les reproduit.

Tout contribue donc à donner à l’enfant (et donc à l’adulte qu’il va devenir) un regard sexué sur lui-même et sur le monde qui l’entoure (et à donner par exemple à tel objet, tel comportement, telle opinion... une connotation féminine ou masculine). Le genre étant un système de catégorisation hiérarchique, l’éducation sexiste est donc un pilier de la domination, de l’oppression et de l’exploitation.

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