Accueil > Manifeste du CLAS > Le genre

Le genre

vendredi 22 janvier 2016, par clas

La féminité et la masculinité n’existent qu’au travers de la perception bipolaire d’une réalité humaine. Ce système de pensée, qui s’organise autour d’un processus de classification hiérarchique des choses matérielles et abstraites ainsi que des êtres, est à la fois la cause et la conséquence de notre acceptation de la domination. Ce conditionnement mental intervient dès la naissance et se poursuit jusqu’à la mort, notamment par le langage, l’éducation, les jouets, la publicité et la prostitution et ce de génération en génération.

Mais il n’y a pas de fatalité car en tant qu’humain-e-s nous avons la capacité de nous redéfinir. Ni une quelconque divinité, ni la « nature » ne nous manipule. L’observation de sociétés très différentes de la notre montre qu’il n’y a pas de fatalité biologique, mais bien des constructions sociales à l’origine du genre. Chez les Chambulis, en Nouvelle-Guinée, de nombreuses caractéristiques dites masculines ou féminines sont inversées par rapport aux nôtres(2).

Toutes les caractéristiques que peut avoir une personne font partie de l’immense potentiel présent dans chaque être humain qui se décline en un nombre infini de variations. Ces variations sont étiquetées par l’idéologie dominante comme féminines ou masculines. Il en découle l’institution de catégories qui induisent l’assignation des personnes dans une classification hiérarchique.

Le recours à la biologie pour justifier la classification par catégories de genre n’est qu’un mauvais prétexte. On pourrait même faire appel à la biologie pour démontrer le contraire. En effet, y compris du point de vue biologique, il n’y a pas de rupture entre les femelles et les mâles, il y a un continuum.

De plus, les humain-e-s sont culturel-le-s plutôt que naturel-le-s jusque dans leurs anatomies. Les récentes découvertes en matière d’étude du cerveau humain démontrent la plasticité(3) de ce dernier. Le cerveau d’une personne se modifie pour s’adapter aux informations et aux attentes qui proviennent de l’environnement social dans lequel se trouve cette personne. Cette plasticité du cerveau permet l’évolution du rapport au monde et l’éveil du sens critique de la personne, mais elle la rend également vulnérable aux processus de conditionnements mentaux qui interviennent depuis la naissance. C’est ce que démontrait déjà en 1973 Elena Gianini Belotti avec Du côté des petites filles (4). Il n’y a donc pas davantage de différence innée entre le cerveau d’un mâle et celui d’une femelle, qu’entre les cerveaux de deux femelles ou de deux mâles. La seule chose qui soit universellement partagée entre tou-te-s les humain-e-s, c’est le fait d’être doté-e-s de conscience. Mais « cette universalité n’est pas donnée, elle est perpétuellement construite » (5) et elle prend autant de formes que de cerveaux pour participer à sa construction.

Il ne suffit pas de « dé-biologiser le genre » pour détruire la hiérarchisation entre les caractéristiques dites masculines et féminines. Il est scientifiquement démontré qu’il n’y a pas de « races » au sein de l’humanité.

Beaucoup de personnes en conviennent tout en agissant en racistes. Pour ces individu-e-s le concept « race » est dé-biologisé mais garde toute sa signification. Leurs actes restent les mêmes qu’avant la « dé-biologisation » de la « race ». Elle-il-s demeurent xénophobes et le problème reste entier. « 0% raciste-100% identité » peut-on lire sur certains de leurs sites internet.

Se dégenrer ce n’est pas passer d’un genre à l’autre, ni se situer entre les deux. Se dégenrer c’est détruire la catégorisation par le genre et non multiplier les catégories de genre. Définir comme une fin en soi le passage d’un genre à l’autre et affirmer qu’il suffit de cela pour dépasser le genre c’est admettre cette catégorisation comme une fatalité et l’entériner en s’y conformant. Par conséquent, on ne peut se dégenrer individuellement.

Une personne peut passer d’un genre à l’autre ou s’identifier comme étant entre les deux. Cela peut être important pour elle, et elle est la seule à pouvoir définir les conditions de son bien-être. Cependant, elle ne sera pas dégenrée tant qu’elle-même et la société identifieront ses caractéristiques comme féminines et/ou masculines, au lieu d’estimer qu’elles ne sont ni l’une ni l’autre, mais simplement les siennes, indépendamment de la forme de ses organes génitaux et de celle des personnes avec lesquelles elle a des relations sexuelles.

Ces caractéristiques sont modifiables, car en perpétuelle évolution en fonction des choix (par désir ou par dépit) que la personne fait consciemment ou inconsciemment. Elles sont aussi inaliénables et pourraient, à ce titre, être considérées comme propre à cette personne plutôt que servir de prétexte à son enfermement dans une catégorie. Si les caractéristiques humaines n’étaient pas classées en deux genres, l’identité de chaque personne ne serait pas réduite à l’appartenance à l’une de ces catégories.

En revanche, amplifier la catégorisation par le genre en classant les personnes dans des catégories intermédiaires entre le masculin et le féminin ne fait que complexifier la lutte pour échapper à la classification.

(1) Simone de Beauvoir - Le Deuxième Sexe (Tomes 1 et 2)
(2) Margaret Mead - Moeurs et sexualité en Océanie
(3)Catherine Vidal - Le cerveau a-t-il un sexe ?
(4) Elena Gianini Belotti – Du côté des petites filles
(5) Jean-Paul Sartre - L’existentialisme

Partager